Mieux vaut prévenir que guérir, pour les assureurs aussi !

Par  Fanny Dumoulin  - 03 min

La prévention fait partie intégrante du métier d’assureur. C’est une grande cause au service de laquelle tous s’engagent, indissociable de leur responsabilité sociétale”. 

Ainsi commence la rubrique “Qui sommes nous ?” du site de l’association Attitude Prévention, regroupant l’ensemble des assureurs français. 

Pourtant, dans les faits, on attend de l’assureur qu’il accompagne les assurés une fois qu’un sinistre survient et rarement avant ! 

Un constat dommageable quand on sait à quel point la prévention est notre avenir. 


La notion de prévention...


Elle est souvent associée à la santé. Pourtant, elle s’applique à bien d’autres domaines : à la maison, à l’école, sur la route... nombreux sont les bobos ou accidents plus graves qui pourraient être évités si l’on faisait plus attention ou si l’on connaissait mieux les dangers. 

L’intégrer dans son quotidien, c’est se donner les moyens de diminuer les risques évitables et de limiter la gravité des conséquences des accidents non inévitables. Et c’est déjà beaucoup !

Pas étonnant donc que dans le contexte technologique actuel, l’innovation se fasse au profit de cette prévention : e-santé, objets connectés en tous genres, exploitation des données (Big Data)… sont en train de réduire de manière considérable les risques. 


Mais les risques, c’est la matière première de l’assureur non ? 


C’est vrai... 
Dans une étude récente, le cabinet d’audit KMPG estime qu’avec l’arrivée massive des voitures autonomes d’ici 2020, la fréquence des accidents de la route devrait chuter de 80% d’ici à 2040. Une excellente nouvelle pour l’Etat et la Sécurité Routière (enfin une me direz-vous…) mais une moins bonne pour les assureurs auto qui pourraient voir le marché perdre rapidement jusqu’à 60% de sa valeur !
Même constat sur les 2 autres principaux marchés des assureurs - la santé et la maison - avec pour ce dernier, le développement croissant des smart cities qui devrait faire reculer la sinistralité des bâtiments de 43% d’ici 2025 selon le cabinet Mc Kinsey. 


Pourtant... 
La performance économique d’un assureur est étroitement liée à la réduction des risques puisqu’elle dépend du montant des prestations dont il devra s’acquitter rapporté aux cotisations qu’il a effectivement perçues. La nature de la couverture étant contractuellement définie, ses seuls leviers sont donc le tarif (ce que nous sommes nombreux à déplorer !) ou la réduction de l’aléa. Pour satisfaire ses clients et exercer son rôle économique et social, l’assureur se doit donc de responsabiliser ses assurés sur les causes de sinistralité et les encourager à la prévention.   


Un nouveau business model à inventer autour de la prévention ?


Selon Jean-Claude Sudre, expert Insurtech et assurance connectée (auteur de l’excellent blog Assurance du futur), “les assureurs devraient penser dès maintenant à la transformation de leur business model autour de la prévention”, en proposant de nouveaux services facturés en lieu et place d’une partie des cotisations d’assurance, renversant ainsi le modèle traditionnel de l’assurance. 

C’est sur ce principe de convergence des intérêts entre assurés et assureurs que s’appuient de nouveaux acteurs de l’assurance comme Lemonade, premier assureur Peer-to-Peer ayant vu le jour à New York en septembre 2016 et prochainement Otherwise, à travers son mécanisme inédit d’auto-assurance collective et collaborative, dont l’objectif est de responsabiliser les assurés et ainsi leur donner l’envie et les moyens de diminuer les risques évitables. 

Mais pour que ces nouveaux modèles puissent atteindre leur efficacité optimum, il faudra sans doute une évolution des réticences et des règles en matière de collecte des données… Vaste débat sur lequel nous ne manquerons pas de revenir très prochainement.